Hashtag j’étais Charlie

Ce billet a été publié en janvier 2015, mais peut malheureusement s’appliquer chaque fois qu’un acte d’horreur est commis. Ces actes qui deviennent tellement fréquents qu’ils en viennent à flirter avec la normalité.

Hier matin, je me réveille. Machinalement, j’étends le bras pour attraper mon iPhone qui dort à côté de moi, tel un amant fidèle. Sans se soucier de mon état semi-végétatif, il m’informe de ce que j’ai manqué pendant mon sommeil, sans filtrer ce que je suis en mesure d’assimiler avec mes yeux encore collés. Cette fois, ce qu’il m’annonce me pousse à les refermer immédiatement en rageant intérieurement: « pas encore! »

J’ai trop mal à mon humanité pour me lever. No way! Ça arrive trop souvent ces temps-ci et là, j’ai zéro envie de faire face à ce monde de fou. J’ai pas envie de pleurer (parce que je sais que je vais pleurer). J’ai pas envie d’être en crisse (parce que je sais que je vais être en crisse). J’ai envie de me recoucher et de me faire croire que le monde est bon et juste, que les gens n’en tuent pas d’autres au nom de quelqu’un qui n’existe pas, et qui, s’il existait, ne cautionnerait jamais de tels actes.

Ce n’est qu’une demi-heure plus tard que je finis par ramasser le courage de m’extirper des bras de Morphée pour me lancer dans ceux de la dure réalité.

Je me fais un café, je pisse, me délectant consciemment de ces dernières minutes d’insouciance avant d’atteindre l’heure de raison, celle à laquelle on te dit que tu es assez grande pour voir le monde comme il est: sombre et hostile. Je m’installe donc pour lire mon journal matinal, Facebook. Ce matin-là, les vidéos de chats cutes ont été remplacées par l’omniprésente nouvelle de la tuerie à Charlie Hebdo. S’attarder à la cuteness de l’univers aujourd’hui serait extrêmement déplacé; on a tué des gens bien, on a tué des artistes, on a tué des êtres humains, pour rien.

Je dis ça comme si on pouvait tuer du monde pour quelque chose…

Dans la mer d’information disponible, je choisis enfin un article relatant la tragédie et le lis. Je pleure, c’était prévisible. Je suis en crisse, ça aussi c’était prévisible. Je suis bouleversée, je suis tannée, je suis découragée de l’humanité, qui elle, vient de se montrer encore une fois dégueulassement imprévisible.

Une chanson de Muse part dans ma tête: « Free me from this world, I don’t belong here ».

J’ai le goût de démissionner…

Je finis par prendre sur moi et par continuer mes lectures. En général, Facebook semble craindre que la masse ne s’enflamme encore une fois contre les Musulmans et que cet incident renforce la croyance répandue qu’ils sont tous des bombes à retardement prêtes à s’exploser au nom de leur religion. À en croire mon newsfeed personnel, personne ne croit ça, mais j’ai remarqué dans le passé que mon microcosme est loin d’être représentatif de la masse. Je partage donc à contre-coeur leurs inquiétudes.

En quelques minutes, je me fait totalement absorber par le vortex de la surinformation que nous permet (nous impose, presque) internet aujourd’hui et me rend compte de ce qu’engendre ce genre d’évènement en 2015. Ne vous méprenez pas, je suis aussi touchée que vous par cette tragédie, mais son traitement me stupéfie. Des textes fusent de toutes parts, rédigés à froid pendant que les corps sont encore chauds.

Un hashtag de circonstance voit le jour. Une photo de profil est créée pour l’occasion. Un, non deux, rassemblements sont organisés à Montréal. J’admire la solidarité de la communauté webienne, mais en même temps, elle me fait peur. Hashtag « jesuischarlie » trend comme la nouvelle coupe de cheveux hipster cool. Des gens qui ne connaissaient ce journal ni d’Ève ni d’Adam en deviennent soudainement d’ardents supporters. Oui, tout ça est ultimement positif mais Charlie, j’en ai bien peur, n’est que la nouvelle du jour. The flavor of the week. Trending tel un vulgaire tweet de Taylor Swift.

Et j’espère avoir tort, mais j’ai l’impression que dans quelques jours seulement, nous ne serons déjà plus Charlie… #mangerpournotrecaboche

Charlie he drew first
Dessin de Huzur Izlanda

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