Itinérante d’un soir – 2 de 5

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Mardi le 14 avril 2015, 21H. Toujours coin St-Denis/Ontario

On dirait que l’échange avec les deux femmes m’a primée et je me mets à interagir un peu plus avec les passants. Certains rient de mes blagues et d’autres reviennent même sur leurs pas pour me donner quelques sous. Je commence à me faire du fun. Je me rends aussi compte que le fait d’être postée devant un arrêt d’autobus a ses avantages. Ça me permet entre autre de jaser au monde à la place de juste essayer de les accrocher au passage.

Et tant qu’à voir le bon côté des choses, je trouve aussi un avantage à être invisible: ça me permet d’écouter les conversations des gens. Comme celle de quatre jeunes étudiants en file à l’arrêt de bus qui parlent de la grève étudiante. C’est pas très long que j’ai envie de m’en mêler par contre, alors j’initie le contact à l’aide de quelques niaiseries. Au début, ils sont pas sûrs, mais ils finissent par me trouver attachante (je pense) et à m’inclure dans leur conversation. Ils m’expliquent patiemment les enjeux de la grève et ce qui cloche au gouvernement selon eux. Ils me racontent même un peu l’histoire de Robin des Bois en passant. Ils essaient aussi de me convaincre d’arrêter le crack mais je leur dis en souriant de toutes mes dents pourries: vous avez jamais essayé ça vous autres, hein? Parce que sinon, vous le sauriez. Le crack, c’est la vie! (Vous pouvez être sûrs qu’ils y toucheront jamais maintenant!) Et c’est finalement avec des grands sourires et en me faisant des babailles jusque dans l’autobus qu’ils me quittent pour la soirée.

Et là, le bonheur que je ressens pour Nicole à cet instant me confirme quelque chose que je savais déjà. Que de temps en temps, on devrait prendre quelques minutes pour jaser aux itinérants. Je crois qu’encore plus que de notre argent, ils ont juste besoin de sentir qu’ils existent, qu’ils sont importants et qu’ils font partie de la société eux aussi. #mangerpournotrecaboche

 

Sinon tout au long de la soirée, j’en profite pour essayer des blagues et, si la plupart des passants me trouvent drôles (quand ils ne m’ignorent pas complètement), un jeune homme particulièrement susceptible n’est clairement pas de cet avis.

Il est presque 22h alors ça commence à dégénérer dans le Quartier-Latin. Trois gars d’une vingtaine d’années passent devant moi avec chacun une cannette de bière à la main et je leur fais la même blague que je viens de lancer à 2-3 passants qui l’ont ben ri: Deux piasses pis je te dis ton avenir!  « Non merci » Ben j’vas te le dire pareil… T’en as pas!! (rire gras mais pas méchant) Hé ben, j’ai peut-être touché une corde sensible parce qu’un des trois gars se retourne en beau tabarnak pour me crier « Ah ouin?!? C’est qui qui quête? » et me garnotte sa cannette de bière dessus. Moi, je suis pas ben ben stressée parce trop à fond dans mon personnage de folle/badass/soule, alors je fais juste me tasser pour éviter la cannette en continuant de rire gras.

Je retourne à mon spot, pas ébranlée plus qu’autre chose, juste comme: Oh well, il l’a pas pris pauv’ ti, mais une passante ayant été témoin de la scène vient me voir d’un air troublé pour me demander si je suis correcte. Elle a tellement l’air traumatisée que pour la rassurer, je décide de sortir de mon perso pour la première fois de la soirée. Je lui dis donc avec ma voix normale: « Ben non, t’inquiètes pas, c’est juste une joke », mais incapable de me voir autrement que ce que j’ai l’air d’être, elle reste sur sa position: « Même si vous faites des jokes, y’a personne qui a le droit de vous traiter comme ça. Si jamais vous avez besoin d’aide, vous demandez de l’aide, ok? » Je lui promets, je la remercie, et elle part de reculons en me souhaitant bonne chance.

On est vraiment touchées, Nicole et moi.

Pis là, comme si c’était pas assez de bonté pour un seul moment, j’entrevois un monsieur en veston-cravate ramasser la cannette de bière pour la jeter. En même temps, une vraie itinérante demande de l’argent à mon amie et je me dis que ça tombe trop bien vu qu’on allait quitter. Je verse donc mon 10$ de change accumulé dans mes mains et lui tend, mais elle le refuse avec véhémence: « Ben voyons donc! C’est pas à toi de me donner ça! » et s’en va.

Faith in humanity = Restored

Mais pas pour si longtemps…

(Pour la suite, c’est ici)

 

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