Itinérante d’un soir – 4 de 5

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Mardi le 28 avril 2015, 19H30. Bistro de Paris, coin St-Denis/Mont-Royal

Le Bistro de Paris… Pas mal la place la plus crad que tu peux trouver sur le Plateau. La majorité des clients jouent aux machines à « saouls » comme si leur vie en dépendait, pendant que le reste se demande s’il s’est pas trompé de place pour le show. Ça commence à 20h mais j’arrive vers 19h30 pour me donner le temps de me déguiser.

Fait cocasse et malodorant: il y a une fille qui diarrhise sa vie dans la cabine à côté de moi pendant que je me change. Ça donne le ton.

Je suis encore la première à passer; c’est un adon mais ça adonne bien. J’avertis l’organisateur de ce que je vais faire mais personne d’autre n’est au courant. Je sors donc subtilement du bar comme si je venais d’utiliser leurs toilettes à leur insu et m’installe à côté de la porte pour quêter. Je reçois un traitement d’invisibilité encore pire qu’au Quartier-Latin: on me regarde à peine et on me répond surtout pas. Sur le Plateau, on n’aime pas ça le pas beau.

Une dame d’un âge et d’un état d’ébriété avancé, visiblement une habituée du bar, sort pour fumer une cigarette. Fidèle à mon modus operandi, je lui lance une niaiserie pour engager la conversation: vous venez voir le show ou si vous venez juste jouer aux machines? Elle me répond vivement qu’elle n’en a rien à faire du show pis que les humoristes sont jamais drôles anyway. Je lui réponds que je gage qu’il va y en avoir au moins une de drôle ce soir. Elle n’est pas d’accord et continue à chiâler contre cette maudite soirée qui la dérange dans son très sérieux gambling. Et puis tout d’un coup, elle arrête de déblatérer et me dévisage intensément, comme si elle venait tout juste de remarquer mes dents pourries, pis elle me lance: « Tu dois être tu seule dans vie, toué! »

Ouch.

Déstabilisée, je lui réponds que oui, mais que ça me dérange pas. Mais elle continue en me disant que je vais finir ma vie toute seule et que je m’organise pas pour me faire aimer. Elle va même jusqu’à rajouter que je devrais m’arranger si je veux me trouver un mari. Là, la féministe non-itinérante en moi se fâche et, même si je reste dans mon personnage, je lui dis qu’il y a ben d’autres choses plus importantes dans la vie que de prendre mari, mais elle m’achève avec un rire moqueur et: « Anyway, tu t’es tu vu l’air?! C’est sûr que tu vas finir tu seule!! »

Je sais pas quoi répondre.

Je le sais que ses paroles s’adressent pas à moi, mais ça me fait de la peine pareil. Pour Nicole, pis en général aussi. Je peux pas croire que quelqu’un peux être aussi méchant envers un autre être humain sous seul prétexte qu’il est laid et pauvre. Je suis consciente que je suis sur un gig et qu’il faut que je reste un minimum professionnelle, mais à cet instant précis, c’te madame pas fine là avec son rouge à lèvres pas beau fuyant dans les rides de sa lèvre supérieure, j’ai crissement envie de la kicker dans le vagin.

L’ai-je fait ou pas? Vous le saurez dans mon prochain billet! Quel suspense!

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