Itinérante d’un soir – 5 de 5

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Mardi le 28 avril 2015, 20H. Toujours au Bistro de Paris, coin St-Denis/Mont-Royal

Sans réfléchir, je pogne la madame pas fine par ses cheveux oranges pis je lui crisse un coup de genou entre les deux yeux, assez fort pour qu’elle tombe raide sans connaissance. Je la regarde gésir par terre et me rends soudainement compte de ce que je viens de faire. Je réfléchis à la vitesse de l’éclair et réalise que je suis déguisée, que j’ai aucune pièce d’identité sur moi et qu’il y a seulement l’organisateur de la soirée qui sait qui je suis vraiment. Je décide donc me sauver avant que l’attroupement autour de la madame prenne des proportions démesurées. Mais à peine rendue au coin de Mont-Royal, je tombe nez à nez avec deux patrouilleurs. Décelant ma panique, ils m’attrapent au passage. J’ai rien faite! Pire affaire à dire mais ça a sorti tout seul. Ils se posent même pas de question et me passent les menottes. Fuck.

Bon. Bugingo, sors de ce corps! J’ai plus de self-control que ça quand même. La plupart du temps…

Fait que non, je réponds juste rien et je me remets à quêter. Pis la madame pas fine s’en va parler avec un autre habitué du bar un peu plus loin. Bon débarras!

 

Je remarque alors qu’une femme est en train de se stationner dans une place reservée aux handicapés sans avoir de vignette à son rétroviseur. Consciente de mon apparence, j’hésite à aller la prévenir, mais me dis qu’au contraire, ça serait un bon test à faire. Je m’approche donc de sa voiture et cogne doucement à la fenêtre du côté passager. Elle se retourne, vient pour baisser la vitre, jette un deuxième coup d’oeil vers moi, réalise à qui elle a à faire et se détourne en faisant des « nons » vigoureux de la tête en finissant de se garer. J’essaie de lui faire des signes pour qu’elle comprenne ce que je veux lui dire mais elle m’ignore activement. Bon tant pis. Je retourne à mon spot. Finalement, elle accroche une vignette d’handicapé et sort de sa voiture. J’en profite pour me justifier: Je voulais pas te quêter madame, je voulais juste te dire que c’était une place reservée pour les handicapés. Tsé, j’avais pas vu ta vignette. Elle me regarde sans me répondre et entre rapidement dans le bar.

Trois jeunes d’environ 20 ans entrent peu après elle. Je leur demande de l’argent mais ils savent pas du tout comment réagir et leur malaise est palpable. La fille du groupe me dévisage longuement avec un air apeuré comme si c’était la première fois de sa vie qu’elle voyait quelqu’un de laid. Je me dis que ça va être beau tantôt.

Je rentre quelques minutes avant le début du show et vais m’assoir avec ma mère à une table à l’avant, juste à côté des trois jeunes. Comme au Lobby Bar une semaine plus tôt, je monte sur la scène juste avant que l’animateur présente le premier humoriste et j’insiste pour faire un numéro. Cette fois-ci, le public est super enthousiaste. Cool! Par contre, je saurai plus tard que peu d’entre eux avaient compris que je jouais un personnage avant que l’animateur ne me nomme à la fin et que j’enlève ma tuque. C’est drôle parce que dans mon numéro, bien que ce soit une itinérante qui parle, je fais des blagues limite intellectuelles, alors je me dis qu’il faut vraiment ne pas les comprendre pour penser jusqu’au bout que je suis une vraie itinérante… Faut pas trop y penser.

 

Après le spectacle, la dame à la vignette vient me voir pour me dire qu’elle a vraiment cru à mon personnage jusqu’à la fin et qu’elle a même chiâlé à voix haute que je prenais trop de temps de scène. Elle me le dit parce qu’elle a peur que ma mère, assise à côté d’elle, l’ait entendue. Elle s’excuse de m’avoir traitée comme une personne invisible quand j’ai voulu l’avertir pour le stationnement et m’avoue même qu’elle est pas vraiment handicapée mais qu’elle utilise la passe toujours valide de son défunt père. Bravo Madame.

Quant aux trois jeunes, ils arrivent sur les entrefaites pour me serrer la main et me féliciter. Ils disent avoir passé la moitié de mon numéro à chercher mon nom sur l’évènement et à me googler tellement ils étaient mystifiés. (Ils auraient pu écouter pis checker après aussi…) Ils m’avouent également ne pas avoir apprécié que je m’assoie à côté d’eux au début du spectacle et avoir failli demander au staff qu’on me sorte. (Notez que je dérangeais fuck all et que je sentais très bon).

Pour ce qui est de la madame méchante, je l’ai pas revue. Mais j’espère qu’elle, m’a vue pas maquillée après le show pis qu’elle s’est trouvée conne (je suis quand même cute, tsé). Anyway, c’était clairement de la projection de sa part. Je veux pas porter de jugement gratuit, mais elle, bien que « arrangée » avec son rouge à lèvres laitte pis toute, doit pas avoir un gros cercle d’intimes pour passer ses grandes soirées aux machines à saouls du Bistro de Paris. Je dis ça de même…

 

Voici ce qui conclue ma brève mais enrichissante expérience dans les shoes troués de Nicole. Ça aura été fucked up, un peu, pas mal, de sentir le regard des gens se poser sur moi d’une façon tellement différente de d’habitude, juste à cause de l’image que je projetais. Ça m’aura aussi permis de voir de près tout ce que l’être humain peut avoir de beau et de laid en lui, mais surtout, de comprendre que son laid est souvent causé par sa souffrance, son ignorance et sa peur. #mangerpousacaboche

Merci! Vous étiez un public formidable!

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