La culture du jeu

Un beau jour, ou plutôt une nuit, moi et un garçon sur qui j’avais un gros gros kick, nous sommes ramassés chez lui après quelques verres. On savait tous les deux pertinemment vers quoi ça s’enlignait, mais en bons joueurs, on faisait semblant.

J’avais prétexté avoir trop bu pour prendre ma voiture (que j’avais préalablement pris soin de garer à un endroit où elle pouvait rester plusieurs heures). Il m’avait galamment proposé son sofa.

En entrant chez lui, j’ai feint de vraiment vouloir m’installer dans son salon et ça a alors été à lui de jouer. Ce qu’il fit. Il me dit qu’il ne voulait pas que son coloc fasse le saut en me voyant (cute) et me proposa de dormir avec lui.

À ce moment-là, toutes les cartes étaient sur la table. Le consentement des deux partis était clair; on jouait maintenant à jeu ouvert.

Dès que la position horizontale fut adoptée, on se mit à jouer plus sérieusement. Les gestes ayant remplacé les paroles, on pouvait maintenant constater à quel point on faisait une belle équipe. L’excitation montait des deux côtés, de façon d’ailleurs très visible du sien.

On allait passer au tableau suivant quand soudainement, mon Player 2 sembla avoir des scrupules à continuer. Il me demanda si j’étais sûre que c’était une bonne idée; je répondis que crisse oui, pas lui? Non, pas lui. Il me confia avoir peur de gâcher notre amitié et qu’il préférerait arrêter de jouer.

De mon côté, j’avais vraiment du fun et ce revirement de situation ne faisait pas du tout mon affaire. Ça faisait des mois que j’espérais que ce moment arrive. Et honnêtement, c’était un peu pas mal ça mon but à moi, de gâcher notre amitié.

Bref, dire que j’étais déçue de la tournure des évènements serait encore plus un euphémisme que de dire que Trump ferait un président moyen. Je lui ai quand même demandé s’il préférait que je parte. Ça serait peut-être mieux, oui, qu’il m’a répondu, si on voulait espérer dormir.

J’avais pas espéré dormir. Et ça me tentait pas de rentrer non plus. Mais je me suis quand même levée et rhabillée.

Il m’a appelé un taxi. On l’a attendu dans le malaise.

Au moment de mon départ, on s’est donné un câlin. J’ai dit bye; il a dit que j’étais bizarre comme fille.

Je saurai jamais avec certitude ce qu’il avait voulu dire par là, mais j’aurai toujours cette impression que suite à son refus, il se serait attendu à ce que j’essaie de le convaincre, pas à ce que je me lève et parte. Comme s’il était déçu que je ne l’aie pas forcé à faire quelque chose qu’il m’avait clairement signifié qu’il aimerait mieux pas qu’on fasse.

À ce moment-là, je ne connaissais même pas le terme « culture du viol ».

Mais même soule, même excitée, même déçue, même frustrée, même si son corps disait l’inverse de ses paroles, ça m’a pas traversé l’esprit d’insister. Parce qu’on ne m’a jamais inculqué que c’était correct de pousser quelqu’un à faire quelque chose qu’il ne voulait pas faire.

Finalement, je pense que pour lui, me dire que ça lui tentait plus, ça faisait juste partie du jeu. Et que dans sa tête, c’est moi qui avait arrêté de jouer en n’insistant pas.

Mais je pourrai jamais être d’accord avec ça.

Parce que moi, ce que je trouve le fun de ce jeu là, c’est de savoir que l’autre veut jouer avec moi.

#mangerpoursacaboche

 

Pour ceux qui ne l’auraient pas vue:

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