La priorité, c’est les enseignant-es

Chers Messieurs les Ministres,

Je ne sais qui de vous deux, Premier Ministre du Québec ou Ministre de l’Éducation, tient à tout prix à tenir cette promesse intenable d’instauration express des maternelles 4 ans, alors je m’adresserai à vous deux.

Comme la plupart des gouvernements, vous pensez à court terme, plus précisément en terme de 4 ans. Rien n’existe au-delà puisque, si vous n’êtes pas réélus, vous ne pourrez plus faire ce que vous vous êtes promis de faire. Alors au lieu de prendre des décisions à long terme pour le bien commun (ce qui, soit dit en passant, augmenterait considérablement vos chances de vous faire réélire), vous vous acharnez à instaurer coûte que coûte les projets les plus importants à vos yeux, même s’il est évident qu’ils ne sont pas la chose à faire dans le moment.

J’ai lu le livre du Ministre Roberge, Et si on réinventait l’école?, et j’adhère à presque toutes les idéologies qu’il véhicule, même celle de l’instauration de maternelles 4 ans, à la limite, vu son noble objectif de dépister plus tôt les enfants à besoins particuliers pour leur offrir des services plus rapidement. Par contre, je ne crois aucunement que ce soit ça la priorité ou qu’un tel projet soit faisable dans les circonstances actuelles.

Bonne intention, mauvaise solution

Si votre intention est de venir en aide aux élèves plus tôt dans leur vie, la solution n’est pas de devancer leur arrivée dans le système scolaire, mais bien de s’assurer qu’ils auront accès à des services adéquats quand ils le feront. Rien ne sert de diagnostiquer massivement des enfants à qui on ne peut offrir aucun soutien ensuite. Je ne sais pas pour vous, mais je ne ferais jamais affaire avec un-e dentiste qui ne peut que me dire où sont mes caries sans être en mesure de les réparer.

En tant qu’enseignante-suppléante en adaptation scolaire, quand on me propose un remplacement, je ne demande pas quelles sont les problématiques des élèves pour savoir à quoi m’attendre. Je demande quelles sont les ressources auxquelles ils ont accès, car je sais que c’est ce qui fait une réelle différence. Je travaille dans ce milieu depuis plus de dix ans et je peux vous garantir que le problème n’est pas que les enfants ne sont pas cotés, c’est qu’ils ne sont pas aidés.

Une question de priorité

Vous êtes sûrement familiers avec la priorité des opérations, cette règle mathématique nous indiquant par quelle opération commencer pour résoudre une longue équation afin d’obtenir le bon résultat. Selon cette règle, oubliez d’effectuer une opération entre parenthèse avant une simple addition, par exemple, et vous aurez tout faux. C’est pareil ici. Instaurez des maternelles 4 ans avant d’avoir le personnel et les locaux adéquats et vous vous planterez monumentalement.

La pyramide des besoins de Maslow illustre pour sa part très bien l’importance de combler certains besoins avant d’autres. On est tous d’accord que quelqu’un qui meurt de faim est bien loin de pouvoir répondre à son besoin d’accomplissement de soi.

maslow
Pyramide des besoins de Maslow

Or, dans la pyramide des besoins du système d’éducation, il est évident que plusieurs besoins de base restent à combler avant de pouvoir même penser au besoin secondaire auquel répondrait l’instauration massive de maternelles 4 ans.

Pour l’instant, le besoin le plus criant, c’est de garder les profs, même pas d’en attirer des nouveaux, juste de garder ceux qui ont déjà, comme moi, un pied dans la porte. De toutes façons, améliorer les conditions des enseignants entraînera tout naturellement une amélioration des conditions des élèves.

Pyramide des besoins des profs.jpg

Besoin de soutien

Bref, la priorité, ce n’est pas de rajouter plus d’élèves dans les écoles déjà pleines comme le propose votre projet, mais au contraire, d’y rajouter davantage d’intervenants. Plus de profs pour baisser les ratios, plus de technicien-nes en éducation spécialisée pour accompagner les élèves HDAA intégrés ou non, plus de psychoéducateurs-trices, d’orthopédagogues, d’orthophonistes, de psychologues, d’animateurs-trices à la vie spirituelle et communautaire…

Parce que quand même les profs les plus solides et expérimentés peinent à garder la tête hors de l’eau, ce n’est pas le temps de leur envoyer plus d’élèves à qui enseigner à nager, c’est le temps de leur envoyer des sauveteurs et des bouées.

 

Cordialement,

 

Kim de Falc

13 réponses sur « La priorité, c’est les enseignant-es »

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  1. Je compare la persévérance des élèves et la persévérance des enseignants: les deux semblent ignorer que la persévérance est la 8ième étape dans le processus du support affectif (Actualisation du Potentiel Intellectuel). Il n’est donc pas étonnant des résultats. On lance les enseignants dans une fosse aux lions tout comme on lance les élèves dans la fosse aux lions scolaire.

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  2. Merci pour cet article qui donne la réalité de l’enseignement au Québec.
    Moi, je suis suppléant ou contractuel, depuis 5 ans. Je suis spécialiste en éducation physique et en musique. Les évaluations de mon rendement dans l’ensegnement pour les 12 compétences sont excellentes. Ma directrice fait tout pour me garder. Le problème que je rencontre est le suivant : afin de pouvoir rentrer dans le cheminement d’une carrière en enseignement, je dois passer le Tecfée. J’enseigne et j’ai des enfants. Je ne trouve pas le temps pour me préparer à ce test qui est centré sur les exceptions de la langue française. Des choses dont je n’ai pas besoin pour enseigner mes deux spécialité au primaire. Puis, je ne comprends pas pourquoi exiger un seuil de réussite de 70 %, alors que je suis déjà opérationnel sur le terrain avec plus de 10 ans d’ancienneté dans mon pays et 5 ans ici. Toutes les écoles primaires cries le manque d’enseignants de spécialités dans toutes les commissions scolaires. Souvent, elles font appelles aux éducatrices pour combler leurs manques. Moi qui a un baccalauréat et une maîtrise, je reste toujours avec
    un statut d’enseignant non qualifié. Les régles et les lois devrait suivre la conjoncture, je pense. Non ??
    C’est vraiment dommage de quitter le métier que j’aime. Celui que j’ai étudié pendant 6 ans et j’ai exercé plus de 15 ans.
    En se moment, je pense dès la fin de mon contrat en juin, je vais m’orienter vers un autre métier pour combler l’étape de base de la pyramide de Maslow. Un domaine où je ne sais rien (la salubrité ), car à part enseigner, je ne connais rien d’autre.

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  3. Maternelle 4 ans… pourquoi???
    Les cpes sont capables de faire le dépistage!! Travaillons en équipe!!

    Les écoles n’ont pas la place pour accueillir ses petits bouts de chou!!
    À mon école, ils parlent de sortir les classes d’adapstation scolaires!! On déplace des élèves qui gagnent à être avec les classes régulières pour faire entrer des bébés…
    Il serait temps de demander l’avis des enseignants, ce sont eux les professionnels!!

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    1. Il n’y a pas juste le personnel enseignant mais ceux de soutien aussi. Je pense à moi qui est technicienne en service de garde. On a pas beaucoup de place pour faire dîner les enfants déjà présents et suivre notre programme d’activités qui est relié au programme éducatif de l’école. Nous avons un rôle complémentaire dans l’école et plus en plus d’enfants ont besoin du service. Donc si notre ratio reste 1 éducatrice pour 20 enfants ce ne sera guerre la joie et je pense que le côté éducatif sera moins présent. En cpe c’est quoi le ratio 1 éducatrice pour 8 ou 10 enfants? Et ceci est sans compter les enfants ayant besoin de service tel que d’une technicienne en éducation spécialisée en classe et qu’au service de garde on ne peut compter sur ce service.

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  4. Messieurs les Ministres de l’éducation, de la Famille, de la Santé, tous les 3, rassemblez-vous et descendez voir la base avant de prendre des décisions, allez voir les professeurs de maternelle 5 ans, les professeurs de Secondaire 1 sans oublier les professeurs d’éducation physique qui supervisent des groupes d’autisme, ce n’est pas rien. Leurs obligations sont surchargées par des travaux cléricaux qui étaient traités par des employées de l’administration auparavent. S.V.P. c’est urgent!

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  5. Steve, dans votre texte, j’ai repéré 8 erreurs simples de français. Il ne faut pas crier à l’injustice. Je ne veux pas être méchante à votre endroit, mais je crois qu’un peu de rigueur dans votre cas sauverait sans doute votre désir d’être enseignant. Un petit effort quand même…

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  6. Vous dites tout haut ce que je pensais. Bravo! Il ne faut pas oublier que plusieurs commissions scolaires souffrent de pénurie d’enseignants. Comment trouver la main d’oeuvre lorsque les ministres augmenteront le nombre de classes? Ce sera un problème encore plus marquant si on ne pense pas aujourd’hui à une solution miracle!

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  7. Certaines commissions scolaires ont décidé, par manque de suppléants, de retirer le droit à une semaine de travail de 4 jours pour les enseignants. Plusieurs collègues sont en panique, car cette journée de « congé « (plusieurs essaient de se mettre à jour dans leurs tâches lors de cette journée) eh bien c’ est leur survie. Plus de fatigue accumulée, plus de burn -out, plus de profs qu’on devra remplacer… Il est où le bénéfice?

    Maintenant, on aura en plus besoin de plus d’enseignants pour combler les classes de maternelle 4 ans… C’est un non sens.

    On veut nous donner plus d’argent? Je n’en ai rien à faire. Ce n’est pas un million de dollars qui va me donner l’énergie nécessaire pour combler tous les besoins des élèves. Je veux de l’aide humaine, non matériel.

    D’une prof de 13 ans d’ancienneté qui a démissionné, épuisée, écœurée, seule, fâchée et qui recommence petit à petit à faire de la suppléance et qui n’a pas de plaisir du tout.

    Désolée pour les fautes (mozus de IPhone!)

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    1. C’est exactement ce que mon texte veut dire. Continuez comme ça et tous les profs vont finir par démissionner. Ils vont avoir l’air fins là!

      Si c’était une multinationale qui était gérée comme ça, ça ferait longtemps qu’il n’y aurait plus d’employés. Mais les enseignant-es sont des êtres dévoués et qui sont prêts à accepter beaucoup pour que ce ne soient pas les enfants qui écopent. Mais là, même les plus dévoués, comme toi, sont au bout du rouleau. C’est d’une tristesse!

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  8. Je me bidonne à chaque nouvelle élection, c’est drôle comment les chefs de parti, quand ils sont en mode électoral, afin d’être élus ou réélus, savent de quoi nous avons besoin et ce qu’il faudra faire pour que notre société aille de l’avant pour un meilleur rendement, et qu’elle soit plus efficace. Malheureusement pour nous les résultats seront à tout coup bien différents de ceux annoncés, et ils se mettent à voyager on ne les voient presque plus, puis soudain quelqu’un a une idée pour nous occuper pendant qu’ils dépensent notre argent de toutes les façons possibles même pour des maternelles 4 ans et comme ça ne fonctionnera pas, durant ce temps ils vont couper dans les CPE. Je suis une des personnes agées auquelles ils ont rajouté des frais additionnels pour nous appauvrir davantage. Merci, Mr. Barrette, pour tout ce que vous avez fait pour nous, +de frais pour les médicaments, coupure dans l’aide au logement
    + des frais pour l’aide au ménage parce que je fais de la SEP (sclérose en plaques) avec fibromyalgie et dernièrement du diabète, je ne peux presque rien faire par chance que DIEU est dans ma vie, je serais à la merci d’êtres semblables à eux.

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